L'Intelligence Collective en milieu scolaire

Avant de démarrer cet article qui porte sur l’intelligence collective dans le milieu scolaire il convient d’expliquer la différence entre l’intelligence collective et l’intelligence collaborative. L’intelligence collaborative permet du mutualiser les capacités de plusieurs personnes afin d’obtenir un résultat commun, cela correspond à l’addition des compétences de chacun. L’intelligence collective, quant à elle, permet de mutualiser les compétences cognitives des membres d’un groupe afin de résoudre des ensembles de problèmes complexes et par conséquent, cela correspond à bien plus qu’une simple addition des compétences des membres.

A mon sens l’intelligence collective permet non seulement d’aller beaucoup plus loin dans le raisonnement mais en plus elle permet à chaque élève de profiter du savoir et des compétences des autres membres du groupe ce qui est extrêmement intéressant d’un point de vue pédagogique.

J’ai eu l’opportunité d’évoluer en tant qu’étudiant à la fois en école d’ingénieur et en école de commerce et bien que ces disciplines soient différentes on peut retrouver de nombreuses similitudes. Même si nous sommes guidés dans la résolution d’exercices avec des méthodes (raisonnement syllogistique en droit, raisonnement par l’absurde ou par récurrence en mathématiques) j’ai l’impression que l’on considère le travail de groupe comme étant intuitif et je n’ai donc pas forcément l’impression d’être formé aux méthodes de travaux de groupe et cela peut s’illustrer de façon très concrète. Lors d’un projet de groupe, les élèves utilisent très souvent l’intelligence collective en amont : on brainstorme afin de choisir le sujet, définir un plan et se répartir les parties mais cette dernière étape fait entrave l’intelligence collective. Au lieu d’avoir un groupe d’élèves qui échangent et travaillent ensemble sur chaque partie du plan, on se retrouve avec des élèves qui seront chacun en charge de leur propre partie ce qui transforme le travail de groupe en un ensemble de travaux individuels. Non seulement on passe à côté de l’apport de chaque élève sur chaque partie mais en plus de cela n’oublions pas que l’intérêt du travail de groupe est d’apprendre sur un sujet et lorsqu’un élève ne traite qu’un cinquième du sujet, car il fait partie d’un groupe de cinq, il passe très souvent à côté des quatre cinquièmes des informations sur le sujet en question.

Je ne blâme absolument pas les enseignants que j’ai pu avoir jusqu’à maintenant car que ce soit en école d’ingénieur ou dans mon école de commerce j’ai eu la chance d’avoir des enseignants compétents et à l’écoute. Ce que j’essaie de souligner à travers cet article c’est que le monde dans lequel nous vivons change, les élèves changent mais les méthodes d’enseignements tendent à stagner. Le fait que nos générations grandissent dans un monde de plus en plus digitalisé implique directement que nous effectuons nombre des choses de notre quotidien en réseau : apprentissage, divertissement, travail. Il est donc important d’apporter un cadre et des méthodes afin d’aider les étudiants à optimiser leur usage de l’intelligence collective mais également d’adapter les méthodes d’enseignement car durant de longues années les élèves étaient jugés au cas par cas en tant « qu’individualité » tandis que le climat actuel vise plutôt à construire un groupe et juger l’implication de chaque élève dans l’avancée de ce groupe.

A titre personnel je pense que plutôt que de proposer des sujets simples comportant un grand nombre d’étapes il serait préférable de proposer des sujets complexes qui nécessitent des compétences différentes mais indissociables et indispensables à la résolution de la problématique. Pour démarrer ma dernière année scolaire mon école a proposé un business game : une startup est venue dans nos locaux nous exposer une problématique et nous avons été mis par groupe d’élèves de filières différentes afin de la résoudre. Avec mon groupe nous avons eu la chance de majorer ce business game et à ce titre beaucoup d’élèves nous ont demandé de partager avec eux notre plan, nos méthodes… Ce que j’ai très vite constaté c’est que les plans étaient très souvent similaires, même si chaque groupe avait ses propres idées nous pouvions trouver des similitudes. En revanche, chaque personne de notre groupe a, de près ou de loin, participé à chacune des parties et c’est cela qui a fait la différence pour nous.

Ce dernier paragraphe est donc là pour illustrer le début d’un changement dans notre enseignement et j’espère sincèrement que ces changements seront généralisés et de plus en plus présents dans notre système scolaire. Et vous, comment voyez-vous la place de l’intelligence collective dans vos écoles et vos entreprises ?